En 2024, le secteur de la microfinance au Sénégal affiche une stabilité et une dynamique soutenue de l’activité, en dépit d’une dégradation marquée de la qualité du portefeuille.
Le Sénégal compte 128 Institutions de microfinance (IMF), opérant à travers 1 011 points de service et employant 5 152 personnes. Avec 4 467 772 de comptes ouverts, en hausse de 6,2% par rapport à 2023, la microfinance sénégalaise atteint un taux de pénétration de 24,8% de la population totale et un taux d’accès de la population adulte, corrigé des doublons et des comptes inactifs de 20,3%, ce qui confirme son poids majeur dans l’inclusion financière.
À l’échelle de l’UMOA, il est enregistré 533 IMF qui desservent 19 121 754 clients via 4 761 points de service. Ainsi, le Sénégal concentre environ 23% des clients/comptes du secteur, 24% des IMF et 21% des points de service de l’Union, ce qui confirme sa place parmi les principaux pôles de la
microfinance dans l’Union.
Les dépôts collectés par les IMF du Sénégal se sont établis à 580,0 milliards FCFA, en progression annuelle de 6,4 %. Ils représentent 6,1 % des dépôts du système financier national. Comparativement à l’UMOA, dont l’épargne mobilisée par le secteur de la microfinance atteint 2 459,0 milliards FCFA, soit 5,2 % de celle collectée par les établissements de crédit de l’Union. Le Sénégal en capte près de 24 %, ce qui traduit son poids significatif dans la mobilisation de l’épargne régionale.
En 2024, l’encours de crédit des IMF sénégalaises s’est établi à 772,6 milliards FCFA, contre 2 695,2 milliards FCFA pour le secteur de la microfinance de l’UMOA, soit 7,3 % de l’encours global des établissements de crédit de l’Union. Le Sénégal concentre, ainsi, près de 29 % du crédit IMF régional, confirmant son rôle moteur dans le financement de l’économie nationale.
Toutefois, cette expansion s’accompagne d’une forte détérioration de la qualité du portefeuille. En effet, le taux brut de dégradation de la qualité du portefeuille des IMF du Sénégal est passé de 4,7% en 2023 à 8,4% en 2024, dépassant largement la norme communautaire de 3%. Cette situation s’inscrit dans une tendance régionale, le taux de l’UMOA atteignant 8,9% contre 6,9% un an plus tôt, traduisant des vulnérabilités structurelles communes.
Le Sénégal apparaît comme l’un des piliers de la microfinance dans l’UMOA, concentrant environ un quart des dépôts, près d’un tiers des crédits, et une part significative de la clientèle et des infrastructures.
Néanmoins, la hausse rapide du risque de crédit constitue un enjeu majeur pour la soutenabilité du secteur, appelant un renforcement de la gouvernance, du contrôle du risque et de l’accompagnement des emprunteurs, tant au niveau national que régional.
Toutefois, il convient de rappeler que la problématique de gouvernance du secteur pourrait être intégrée dans le processus de régularisation des IMCEC en SCOOP (Sociétés coopératives), conformément aux exigences de la loi 2025-04 du 19 février 2025. En effet, une gouvernance renforcée contribuerait à réduire les risques tout en améliorant la performance des Institutions.

